De septembre à décembre 2013, la compagnie de théâtre de marionnettes Mi-Peau Mi-Pierre, les Hôpitaux de Saint-Maurice et la Communauté de Communes Charenton-Saint Maurice, se sont réunis pour mettre en oeuvre un projet.
Destiné aux patients des Hôpitaux de Saint-Maurice, cette activité a rassemblé jeunes et séniors autour de leur parcours de vie, de leurs expériences et de leur volonté de partager, ensemble. Ce blog est l'album de cette aventure humaine et artistique.....

Cette action a reçu le financement de la DRAC et de l'ARS Ile de France, dans le cadre du programme régional "Culture à l'Hôpital" .

mardi 17 décembre 2013

Les témoignages ... extraits

Les extraits suivants ont été "collectés" lors des premières séances du projet. La consigne : livrez-nous des histoires qui jalonnent vos vies. Les participants de ces premières étapes ont bien souvent très vite quitté l'hôpital (et c'est tant mieux !).
Ces extraits sont retranscrits, fidèlement, aux témoignages. Ils ne sont pas libres de droits et appartiennent à leurs auteurs.

Partageons ensemble ces moments :

(...) "Moi je vais vous raconter une histoire qui m’est arrivée. Ma fille aînée, habite en Guadeloupe. C’est une blanche évidemment, parce que c’est ma fille. Mais elle est mariée avec un guadeloupéen. Et c’est un pêcheur acharné. Alors la première fois que j’y ai été, il me dit : « viens on va aller pêcher, on va pêcher au gros, on va aller assez loin. » - Bon, bein, d’accord. Et puis, il y a une baleine qui est venue folâtrer à côté du bateau. Qui était accompagnée de marsouins, parce que les marsouins jouaient avec les baleines. Et bien j’ai vraiment eu peur, hein… C’était un bateau pour aller en mer moyenne, quoi… Puis alors quatre jours après, il me dit : « tu viens, on va aller à la pêche ! » Je lui dis : « bien moi je vais pêcher du bord, hein ! » (Edouard)


(...) « Moi la première fois je suis parti en petit tricycle à la ville. La première fois mon père me dit « vas chercher une tige » ou un truc comme ça en magasin, j’y vais en vélo, en pt’tit vélo dans la ville et tout et… Et après une fois ma mère dit mais il est où le fils ? Et ils ont appelé la police et tout pour me chercher je suis rentré directement à la maison, en p’tit vélo, en p’tit tricycle, directement… Je connaissais pas la ville et puis j’ai été dans un magasin chercher une tige ou un truc… Et je suis revenu à la maison. Ma mère a appelé la police (ne le voyant pas revenir), mon père pareil, bah il est où le fils, et je suis rentré avant la police… Avant qu’elle appelle la police. » (Christophe)


(...) « Avec mon frère, j’ai pu jouer avec tous ses copains du village, voilà, et bon, on s’entendait très bien tous les deux (ses petits rires espiègles), on a fait des tours ensemble… Une bêtise : nous allions forcément garder les trois ou quatre vaches de mes parents… Et quand le temps était incertain, nous avions un petit banc et puis un grand parapluie pour se protéger éventuellement du vent ou de l’eau… Et, je ne sais pas, je ne me souviens plus, de ce que nous avions fait au chien, avec mon frère. Je ne me souviens plus, mais on avait dû mettre le paquet, parce que je nous revois très bien, laissant, rentrant le troupeau de vaches, laissant le chien, sous le parapluie, à côté du petit banc, il était impossible d’aller reprendre l’un ou l’autre ; le chien, nous montrait les dents, et il a fallu expliquer à ma mère (ses petits rires) la situation. (ses petits rires) Voilà, on a fait beaucoup de tours ensemble. Oui, ma mère, elle a dû retourner chercher le petit banc, le chien, et le parapluie ! Rires généraux (Madeleine)

(...) « J’ai eu deux grandes sœurs, très grandes, beaucoup plus âgées que moi donc je n’ai pas beaucoup joué avec elles mais je me rappelle qu’elles aimaient me faire pleurer. (Ses rires) Je me rappelle qu’une fois j’avais avalé le pépin de l’orange. Et elles m’ont dit que j’allais devenir une orange ! (ses rires) Que cela allait pousser, que j’allais devenir un oranger, je pleurais ! (rires) J’ai pleuré toutes les larmes de mon corps ! (rires) Et ça les faisaient rire, et plus ça les faisaient rire, plus cela me faisait pleurer ! (ses rires) Ma mère avait eu beaucoup de peines à me dire que ce n’était pas vrai après ! Je devais avoir 5 ans… » (Lydie)

(...)  « Quand j’étais môme c’est l’époque où Causs et Bollock ont traversés l’Atlantique. Alors évidemment le lendemain, avec mon cousin, on était en vacances chez nos grands-parents : il faut qu’on traverse l’Atlantique aussi ! Alors on avait fabriqué un avion ! On avait piqué la brouette du grand-père, l’échelle du grand-père qu’on avait mis en équilibre de l’autre côté sur un petit meuble quelconque. Et on voulait que cela soit un avion couvert. Alors on avait pris une bâche, mais elle était trop grande, alors on l’a coupée en morceaux ! (rires) Quand le grand-père est rentré, on aurait bien traversé l’Atlantique mais pour de vrai, pour échapper au châtiment ! » (Edouard)


(...) « Moi j’ai le souvenir… Donc c’était la première année de la guerre… Donc, parisienne, hop ! Ma sœur et moi, nous étions parisiennes, et hop, nous voilà embarquées à la campagne… en Normandie…Et, heu… école du village pour moi… Alors je devais avoir 11/ 12 ans, école du village. Et j’étais dans une classe, on m’avait mis à côté d’un gros gars, de la campagne, qui n’était pas méchant, mais qui était très taquin, et nous avions un bureau commun, en bois, avec la case, qui se levait… Et c’était l’année, où les hannetons (rires), avaient finis toutes leurs transformations. Les hannetons pouvaient s’envoler… Et le gars, dans sa case, avait élevé les vers, les chrysalides, hein…Et on en était au stade des hannetons. Et alors, il avait plaisirs à prendre des hannetons, et à me les mettre dans les cheveux ! Et ça s’agrippe, ces sacrées bêtes ! C’est pas méchant mais ça s’agrippe. Et alors, au début, j’avais peur… Et puis, excédée, en colère… Et lui il avait du succès vis-à-vis des copains, hein, la parisienne, il l’a chahutait… Et puis, et bien, j’ai été prise d’une grande colère, je me suis levée, et je lui ai envoyé une paire de claques ! Oui ! Bien envoyé ! Après nous sommes devenus de très bons copains, de très bons amis ! Mais ça l’a calmé » ….rires (Denise)


«(...) Par contre, on avait eu une idée, je ne sais plus qui avait eu l’idée, de vouloir faire du ski avec des lattes de tonneaux, parce que c’était un pays où il y avait de la vigne. Le vin n’était pas très bon, mais il y avait des tonneaux cassés qu’on trouvait dans les arrière-cours ou dans les arrières-granges. Donc les grands avaient bidouillés des lanières de cuir et puis la latte de tonneaux, forcément, cela ressemble à un ski. Alors on avait fait des essais en hiver, mais ça n’avait pas marché : on s’enfonçait dans la neige, enfin on glissait pas du tout. Alors quelqu’un a eu l’idée de dire : « on va essayer l’été ». Alors l’été, c’était très vallonné, alors il y avait des pentes assez raides, mais recouvertes d’herbes. Une herbe qui était un peu coupante d’ailleurs. Alors on essayé de glisser, enfin les grands, et puis, et bien ça ne marchait pas bien entendu. Et il y en a un dans le groupe, parce qu’on est toujours plus intelligent quand on est plusieurs qu’un seul, quelqu’un a eu l’idée de dire « bon bien, on va laisser les skis, et on va essayer de mettre une échelle !». Donc quelqu’un est allé dans la ferme paternelle et est allé piquer une échelle quelque part. Alors donc on se mettait à 7 ou 8 sur l’échelle, et avec le poids et la pente, on finissait par terre ! Il a fallu glisser un certain nombre de fois mais au bout de ce certain nombre de fois, l’herbe avait fait du jus, et alors…je peux vous dire que ça glissait ! On a mis les skis ! Et alors il y avait la route nationale qui était en bas, mais enfin ! A l’époque il n’y avait pas beaucoup de voitures, puis en plus il y avait un fossé. Parce qu’à l’époque il y avait des fossés mais après ils ont comblé les fossés. Et donc on arrivait là dedans, alors d’abord avec l’échelle, la première fois elle a manqué basculer sur la route mais enfin finalement elle est retombée du bon côté. Tous les gamins étaient dans le fossé bien entendu, en rigolant, avec les genoux plein de terre… A l’époque on portait des culottes courtes, hein. On avait des grandes chaussettes qui tombaient sur les chaussures en principe. Moi j’ai porté les premiers pantalons quand j’ai fait ma communion, après j’ai eu le droit aux pantalons long, mais avant j’étais aux culottes courtes, même l’hiver. On avait les genoux bleus. Oui donc on a fait du ski en été, voilà, sur gazon ! (Alain)




(...) « J’ai une sœur, qui a trois ans de plus de moi, qui maintenant est évidemment beaucoup plus âgée, 88 ans, mais on se téléphone, puis on arrive à se voir… J’me souviens l’âge de l’adolescence… Alors, c’était les premiers collants qui apparaissaient. Les collants en nylon. Oui, c’était une nouveauté, ce n’étaient plus les bas de cotons, c’étaient les collants en nylon. Et ma sœur avait des bas qui étaient filés, et donc elle avait pris dans mon tiroir de la commode, des collants qui étaient à moi, tous neufs. Et alors et bien j’avais très mal pris la chose, nous nous étions bagarrées, et finalement j’avais eu de la confiture dans les cheveux ! (rires de tous). Je sais que ma mère ne devait pas être contente et avait dû couper des mèches, enfin bon bref, c’était pour une histoire des premiers collants en nylon. » (Denise)


(...) « Puis une fois je sors avec une autre de mes filles qui avait aussi à peu près le même âge (5/6 ans). On va se promener. Et en rentrant, je lui dis : « écoutes, on va passer par ma boulangerie, je vais t’acheter un petit quelque chose ». Et on arrive à la boulangerie, je lui demande de choisir : elle avait choisi je crois un éclair ou quelque chose comme ça. Puis je paye. On veut ressortir, elle m’arrête et elle me dit : « non ! Où est le petit quelque chose ? » (Ses rires) Pour elle ce qu’elle avait choisi, ce n’était pas le petit quelque chose, je ne sais pas ce qu’elle imaginait…Elle me dit « mais maman où est le petit quelque chose ? Rires (Lydie)


(...) « Juste, quand j’ai accepté comme ça, au vol, sans préméditations, une de mes anciennes élève de l’année précédente, que ses parents adoptifs avaient mise dehors… Avec sa valise, elle est venue chez moi, je ne sais pas pourquoi. Elle est venue, oui, avec sa valise… C’était vraiment tout à fait inattendu. J’ai accepté. C’était une question d’amoureux… Ses parents adoptifs n’étaient pas d’accord avec l’amoureux qu’elle avait. Et puis bon, bien, elle a tout de suite cherché à travailler. Et, je n’ai fermé aucune porte, heu… Deux ou trois ans après, elle avait donc trouvé du travail, et elle avait changé d’amoureux… Sa maman adoptive est venue chez moi, je n’avais pas fermé la porte et…ils se sont réconciliés. Et ensuite, heu… bon, elle s’est mariée c’te jeune, et elle a trouvé un appartement pour ses parents adoptifs qui ont donc quittés Paris près de la gare de Lyon pour aller en banlieue proche et être prêts du jeune couple qui s’est occupé d’eux jusqu’au bout. Elle devait avoir (quand elle est venue avec sa valise) 18/19 ans, puisque c’était l’année d’après le bac. Ses parents adoptifs l’avaient faite émancipée. Et j’avais dû aller à la Police, je ne sais plus quelle forme de police, près de l’Hôtel de Ville de Paris là, pour donner, moi, mes conditions de vie, mon identité etc…et avoir l’autorisation de la police de l’héberger. Je l’ai hébergée pendant deux ans. Mais elle a tout de suite cherché à travailler. Elle avait son bac, elle a travaillé… Et mes collègues m’ont aidées, parce qu’elles ont portés des vêtements de leurs filles à elles pour elle quoi… » (Madeleine)


(...) « L’un des premiers postes cela a été en montagne, dans les Alpes, 900 mètres d’altitude, mais bloqués. Bloqués pendant trois mois par la neige. Mais nous avions l’ensoleillement du midi, un beau ciel bleu, mais heu le froid. La nuit cela pouvait descendre à moins 18. Alors, classe unique. Et je suis restée 4 ans dans ce petit village de 70 habitants, aux pieds du Vercors. Et il y avait une école, parce que le site était tel qu’un car n’aurait pas pu passer pour ramasser les enfants. C’était un dans le fond de la route, alors que la nationale passait, c’était la 75 à l’époque, passait à 500 mètres au dessus. Mais nous étions bloqués. Alors je suis restée, oui 4 ans je crois, et, classe unique, le vieux mobilier… Et l’année où j’ai eu le moins d’élèves, et bien c’était 4 élèves, dont ma fille ! Donc on rapprochait, le poêle c’était le gros poêle de fonte. C’était moi qui l’allumait, à 7h et demi du matin (Madeleine dans le fond en même temps : « Moi aussi » avec ses petits rires). J’avais demandé que la rentrée se fasse quand même un peu plus tard, 9h, et on diminuait l’interclasse à midi. A 9h c’était un petit peu réchauffé. Et j’avais des enfants, il y en avait deux qui venaient de loin, frère et sœur. Alors ils venaient de loin ceux-là, oh, une ferme perdue, mais il y avait bien 1km et demi. C’était des réfugiés, des rapatriés d’Algérie, des pieds noirs.  Et le papa avait repris une ferme. M’enfin il y avait tout à remettre en état. Et ses enfants faisaient le trajet à pieds. Et j’avais dit au père, et puis il s’en était très bien rendu compte, j’avais dit « écoutez, moi je n’ai pas l’habitude, mais on parle quand même des sangliers quand il y a la neige », il m’avait dit : « oui, j’y ai pensé, donc désormais les enfants coucheront au village dans une famille, mais pour leur éviter de faire ce trajet. Et, après les enfants venaient, la neige avait un peu fondue, les enfants venaient accompagnés de leur chienne. (rires). Alors la chienne, bien sûr, avait le droit de rentrer en classe. Alors une grande classe, autrefois, ça avait été important, une grande classe : impossibilité de chauffer, hein, bon. Mais, le bois séchait dans le fond de la classe. Le bois c’était moi qui le fendais, le jeudi matin. Et là, dans les bois, dans les buches, il y avait des petites souris ! (rires) Et les petites souris, et bien elles sortaient montrer leurs museaux, c’était un sujet… Et alors, quand la chienne accompagnait les enfants et que la chienne entrait dans la classe, là, il n’y avait pas les souris ! Et au printemps, c’est, moi j’ai beaucoup aimé ce, mais la vie était très rude, très rude, mais au printemps, l’après-midi on avait une classe très ensoleillée, donc on ouvrait les fenêtres. Le poêle, se mourrait, le charbon était mauvais, bon ça se mourrait. Et on avait le soleil qui nous chauffait. Et au printemps il y avait les hirondelles. Et les hirondelles entraient dans la classe, cherchaient, voir s’il n’y avait pas une poutre où elles auraient pu s’accrocher. Enfin voilà, c’était la vie extrêmement…mais c’était rude. Un climat très sain, mais très très rude. (Denise) 


(...) « La première fois, c’est la première fois que dans la petite ferme de mes parents, j’ai vu une des mes grands-mères, tuer un coq. Ce fut ma première colère. Violente. C’était un coq magnifique ! J’ai trépigné ! (ses rires) (La ferme était dans la Nièvre, en haut, pas loin de l’Yonne) Je ne me souviens pas quelle fut sa réaction à elle, je pense que l’un de mes parents est venu me chercher ou on a éloigné ma grand-mère de moi, mais on ne m’a pas laissée là évidemment. Ho je ne me souviens plus j’étais petite fille. Ha je me souviens de cette colère ! Mais vraiment, c’était un coq magnifique… Je n’en voulais pas à ma grand-mère, mais le fait de tuer ce coq, c’est ça qui me… (ses rires) Voilà. Et la suite je ne m’en souviens plus, j’ai dû manger le coq ?... » (Madeleine)

(...) « Moi je voulais vous raconter aussi mon arrière grand-mère est morte, elle avait 86 ans.
Elle nous racontait toujours que quand elle était gamine, elle avait connu un vieux bonhomme qui avait fait la bataille de Waterloo. Alors je me disais c’est pas possible, comment ça se fait, entre elle et Napoléon ça fait des siècles. Mais c’était très possible. Alors elle nous racontait ça, et puis à la fin de son récit elle se levait de la table, c’était une toute petite bonne femme. Elle criait : « Vive l’Empereur ! » J’étais avec mon cousin, on était possédés par l’histoire, on avait tellement peur qu’on disparaissait sous la table ! Elle était née en 1850. » (Edouard)

(...) « Les deux jumelles, une année, demandent des tricycles. Au père Noël bien entendu. Alors je ne sais pas mon père dit c’est moi qui offrirait le cadeau, et puis ma belle-mère dit on offrira l’autre tricycle. Et alors quand noël arrive, les deux tricycles étaient sous le sapin, seulement il y en avait un qui avait une benne et l’autre qui n’en avait pas. Alors drame ! Comme s’était des jumelles, elle voulait absolument une benne celle qui n’en avait pas. Il y avait un tricycle bleu qui avait une benne, et le tricycle rouge qui n’avait pas de benne. Alors ça n’a pas été dramatique, mon père étant ébéniste, il a fait une benne, il l’a installée, alors il a fait son tricycle rouge avec une benne. Une benne verte, en bois.


(...) « Il faut que je vous raconte une histoire de nage. Tous les ans on allait en vacances avec ma deuxième femme, enfin ma deuxième compagne plutôt, à Saint-Jean de Luz. (digressions sur Saint-Jean de Luz… Louis 14 s’est marié là…) Et alors, moi j’étais un ancien nageur, mais de compétition, et ma femme m’ennuyait toujours pour que je fasse la compétition, de la traversée de la baie de Saint-Jean de Luz. Ca fait quand-même trois kilomètres, en pleine mer. Et elle me cassait toujours les pieds : « Fais-là, tu vas la gagner dans la catégorie Vétérans. » Ce qui aurait pu se faire d’ailleurs. Puis un jour je suis allé m’inscrire chez les CRS, où on s’inscrivait. Et puis la môme qui avait 6 ans et demis, me dit « papa je vais avec toi ». Je me dis « elle prépare quelque chose, elle, hein. C’est pas normal ». Alors on marchait, main dans la main, puis elle me dit : « papa, j’ai quelque chose à te dire ». Bien je lui dis, « je m’en doute, ce que tu vas me dire, tu veux faire la traversée avec moi ». Elle me dit « oui ». Je lui dit « T’es folle, tu te rends pas compte l’âge que t’as ? ». Alors on arrive chez les CRS et puis, au CRS : « j’voudrais me faire inscrire pour la traversée – Bien monsieur, donnez-moi votre nom » puis je dis « vous inscrirez la môme en même temps. » Il lève la tête, comme si j’étais un martien. « Mais, il me dit, vous êtes fou monsieur, vous vous rendez compte, à son âge ? » Je dis : « Ecoutez monsieur, je ne veux pas crâner, mais je vais quand même vous donner mes références : j’ai été maître nageur et sauveteur aux pompiers de Paris et c’est pas facile, et puis vous savez, votre truc c’est trois km en mer… », parce que l’eau est salée évidemment ça porte tout seul…Il me dit « bon bien vous en portez la responsabilité ». Puis on sort du bureau, et la môme me dit, parce qu’elle était très respectueuse, mais quand sa mère n’était pas là elle prenait des libertés, elle me dit « Kiki (Kiki c’est la mère) kiki elle va gueuler ! » Bien je lui dis « pour gueuler elle va gueuler ! » - « Il n’y a qu’une seule solution, on lui dit pas ; on lui dit pas puis on lui dira la veille ». « Ba, je lui dis, si tu crois que ça va arranger les choses ! » Alors la veille de la traversée, elle était déjà inquiète pour moi. Alors elle me dit je prépare tes affaires. Et je lui dis : « En même temps, tu prépares pour Séverine – Séverine, pour quoi faire ? – Ba parce qu’elle est inscrite »- « T’es fou ! » Elle me traite de Rhett Butler (NDT dans « autant en emporte le vent ») vous savez que sa fille est morte parce qu’il l’a faite sauter à cheval, enfin je ne sais pas si vous connaissez l’histoire… Finalement, elle l’a fait, et elle l’a gagné, dans la catégorie minime ! Alors après, elle était toute fière, elle racontait ça partout ! » (Edouard)


(...) « Moi on peut dire que c’était la première fois aussi, mon père était parti… Mon père a été fait prisonnier, donc heu… A l’époque il n’y avait rien pour les femmes de prisonniers, donc heu fallait que ma mère travaille, elle ne pouvait pas me faire garder, il n’y avait que les bonnes sœurs qui gardaient, à partir de trois ans je crois, mais moi en 40, j’avais deux ans. Donc on m’a envoyé aussi à la campagne, dans l’Yonne. On était originaire. Et, après alors je suis resté, j’allais à l’école aussi, hein, Et, alors je sais plus quel âge j’avais mais… dans cette école, où c’était des travées vous savez, chaque classe il y avait un certain nombre de tables, il n’y avait qu’une seule maîtresse pour tous les CP, les...
Et oui, c’était un tout petit village alors… A côté de Joigny, à Villesien, c’est à 5 km je crois. Et donc un jour, je ne sais pas quel âge j’avais, voilà que la maîtresse nous… Je suppose qu’elle avait reçu des ordres supérieurs, enfin nous voilà tous partis, dans les champs, et on nous avait donné des boîtes d’allumettes, pour ramasser les doryphores, qui bouffaient les pommes de terre. (Les allemands, on les appelait les doryphores d’ailleurs, ils étaient tombés sur la France comme ça, comme les doryphores sur un champ de patates !) Et alors on les mettaient dans nos petites boîtes d’allumettes, et quand la boîte était pleine, on la portait à la maîtresse et on avait un bonbon ou une image (rires) Et oui, et bien il n’y avait pas de DDT, il n’y avait rein à cette époque là hein.. ; Et alors ça mangeait, ces bestioles là qui étaient pff pas très grosses, comme ça, je me rappelle c’était un peu assez beige clair avec des rayures noires… Mais alors par contre quand on les prenait, il y avait, ils suintaient une espèce de… je ne sais trop quoi, qui était orange, mais orange assez vif… Et puis ils mangeaient les feuilles, ça mangeait les feuilles, mais alors à toute vitesse hein, on voyait quasiment, heu… Et si on les laissait faire, la pomme de terre, la plante n’ayant plus de feuille bien entendu, les tubercules dans la terre, elles crevaient quoi… Donc c’était très important, nous, ça nous amusait plutôt que d’être à l’école (rire) Autrement les doryphores ça m’avait marqué hein, puis alors les doigts jaunes, mais je vous assure je garde ça en mémoire, c’était d’un orange assez vif. Ha oui. Alors voyez toute une classe de gamins qui étaient dans les champs… C’est pas haut les pommes de terre, le plan de pomme de terre, c’est à peu près haut comme ça, donc on ne se baissait pas trop comme on était petits. Voilà, alors de la campagne je garde d’excellents souvenirs de cette époque là pourtant c’était la guerre mais les enfants… » (Alain)


(...) " Mais j’ai un souvenir, également modeste, mais que je garde
vivant : je ne pouvais pas m’en aller en vacances sans trimballer des mômes ! (ses petits rires). J’aime beaucoup, beaucoup les enfants. Donc je partais au fond du Morvan, et j’avais ma filleule avec moi, et mes deux chats. Et puis au cours d’un repas, nous avons entendu parler d’un enclos à sanglier qui était un peu plus haut sur la colline. Et elle a entendu qu’un père sanglier avait mangé les petits d’une femelle. Elle était très en colère, ma filleule. Elle disait : « Ho la la, si j’étais elle, je lui mangerai ses petits à lui ! » (rires de tous) Ensuite, dans la voiture, nous circulions en voiture… Et alors, elle était à côte de moi, au volant, et, à brûle pour point, cette question surgit : « Mado, ça fait l’amour comment les sangliers ? » (rires de tous) Elle devait avoir entre 5/6 ans, elle était petite fille. Alors, elle ajoute, dans la foulée, elle ajoute –heureusement pour moi- « Est-ce que c’est fesse à fesse ? », je lui ai dit : « oui, oui, oui, c’est comme ça ! » » Ses petits rires dans les rires de tous (Madeleine)


(...) « Mon objet préféré c’est un coffret en marqueterie que mon grand-père a fait pour ses fiançailles avec ma grand-mère. Il est à une place d’honneur dans mon petit logement, et je ne passerai pas un soir sans aller le caresser. C’est un petit chef d’œuvre car c’est un grand marqueteur et ébéniste, et c’est surtout des souvenirs de gentillesse. » (Alain)
 
(...) « Moi je vais vous parler d’une personne, qu’il n’y a que les plus âgés d'entre vous qui se souviennent… C’est Mistinguette ! Et moi vers la fin de sa carrière, j’étais pompiers. On était de garde dans les théâtres. Et un dimanche, alors que j’étais de garde au théâtre de l’Alambrac qui n’existe plus maintenant d’ailleurs. Et il y avait Mistinguett en vedette, évidemment, c’était la grande vedette internationale. Et puis c’est une grande travailleuse. Et dans ses deux spectacles de l’après-midi… ça n’avait pas marché. Alors il lui fallait un autre partenaire pour continuer. Puis elle me voit, elle dit : « viens ici jeune petit pompier ! » Puis l’orchestre se met sur un air qu’elle préférait, puis elle me prend dans ses bras, on commence à danser… Puis je sentais quelque chose qui n’allait pas quand même. Bon, puis le spectacle se termine. Et puis il y a un ouvrier du théâtre qui vient me trouver et qui me dit « y’ a la Miss qui te demande dans sa loge. » J’me voyais déjà danseur mondain. Elle me dit : « J’veux pas te faire de la peine, hein, jeune pompier. T’as une belle gueule mais t’es vraiment bon à rien ! » (rires) Alors elle dit « je ne voulais pas te faire un affront devant tout le monde… Mais, cherche un autre métier, hein ! » Ba j’ai quand même été déçu pendant longtemps hein… (rires) C’était en 45, et là elle avait 67 ans. J’avais 22 ans. (…) Mais c’était un phénomène, elle avait des talons de 21 cm ! En y réfléchissant, j’ai toujours été très raide dans mes mouvements. Et c’est drôle, parce qu’en natation, je servais de modèle à… je peux dire, j’étais souple, et aussitôt que je touchais à autre chose, j’étais raide comme un balai ! » (Edouard)


(...) « Bon alors une histoire pour vous amuser, mon père était ébéniste. Quand on a acheté cette maison de campagne, il a fallu la peindre, l’aménager, c’était vraiment une ruine historique. Et alors, dans la plus grande chambre, il me dit : « pose le papier ». Je n’avais jamais posé de papier de ma vie. Bon alors je mets mon premier lai de papier dans le coin du mur, c’était un papier style toile de Jouy, ça se faisait beaucoup à l’époque la toile de Jouy, vous savez, il y a ces petits personnages Louis quinze, c’est fait à Jouy en Seine et Marne que ça était inventée. Et donc, quand j’ai eu posé le troisième lai, j’avais déjà bouffé la moitié du rouleau ! Alors mon père rigolait, et il m’a expliqué qu’il ne fallait pas faire comme ça, qu’il fallait prendre un fil à plomb parce que les murs n’étaient pas droits, bien entendu, c’était une vieille maison, il faut prendre un fil à plomb. Vous vous mettez dans l’angle, vous tirez votre verticale, vous mettez votre lai à la verticale, et vous rattrapez ce qui manque après. Alors bien sûr après les lais étaient droits. Mais vraiment ça m’a fait drôle de m’apercevoir que les personnages étaient bouffés, puisque qu’on partait du bas....  Mon fil à plomb me servait pour autre chose. C’est que, j’habitais dans un bel immeuble Haussmannien. Il avait des fenêtres en vitraux dans le couloir, et donc, moi j’étais au cinquième, au quatrième, je suis resté pendant une période, je suis resté dans cet appartement une quarantaine d’années, en dessous, ils n’ouvraient jamais la fenêtre. Ce qui fait qu’il y avait des pigeons qui avaient fait un espèce de petit nid et faisaient des œufs. Alors vous pensez, les pigeons, on trouvait des fientes dans la cour tout le temps. Alors, je ne voulais pas qu’ils fassent des petits, parce que bien sûr les petits, ils seraient restés dans le secteur. Alors, avec mon fil à plomb j’écrasais les œufs…C’était les IVG du quinzième arrondissement. » (Alain)


(...) « Mais c’était très intéressant, parce qu’enfant, quand j’allais à l’atelier, j’aimais beaucoup aller à l’atelier, rue Madame à Paris, il y avait des collègues qui venaient. Il y avait le bronzier qui venait prendre le gabarit du bronze qui allait s’adapter sur la commode. Il y avait le gainier pour les cuirs, il y avait le doreur quelque fois, enfin il y avait une quantité de métiers adjacents. Il y avait l’emballeur d’objet d’art, c’était aussi un métier tout à fait spécial. Donc si vous voulez c’était très intéressant. » (Denise)


(...) « Je pourrais vous parler d’un plat abhorré. J’exagère beaucoup, j’ai beaucoup de mal à manger des pois cassés. Parce que c’est lié à un souvenir de la guerre de 1940-44, que vous n’avez pas connue, où nous étions à la cantine et on nous servait régulièrement ce plat avec un jus immonde par-dessus, c’est tout. » (Madeleine)

(...) « Mais pour revenir à l’histoire d’anciens soldats de Napoléon, alors mon grand-père devait être né en 1863, et il disait que petit garçon, avant d’aller à l’Ecole, dans la Sarthe, l’école existait. Alors avant d’aller à l’école, son père lui disait d’aller voir son grand père d’allumer le feu pour réchauffer la maison. Et le grand-père avait fait parait-il la retraite de Russie. Et mon grand-père, donc petit garçon, disait que ce grand père, c’était un vieux Russ’tre ! (rires) Mais enfin il avait fait la retraite de Russie. » (Denise)


(...) « Puis un jour il me racontait quand il était môme, sa mère l’avait emmené au jardin du Luxembourg pour se promener, puis le môme il cavalait comme tous les mômes, puis il se fout dans les pattes d’une vielle dame, très veille, qui était accompagnée d’une femme plus jeune. Alors la dame la plus âgée sermonne l’enfant, mais gentiment, puis elle le prend dans ses bras, puis elle l’embrasse. Et elle lui dit : « Souviens-toi que tu as été embrassé par l’impératrice Eugénie ! » (Edouard)

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